Hiver vient de sortir de prison. Il est hébergé par Guizmo, l’un de ses anciens surveillants. Guizmo vient de perdre sa femme, Hélène ; il est retourné pour un temps chez sa mère, Madeleine. Hiver et Madeleine, ça va devenir tout un truc. Avant, Béatrice aimait Hiver. Maintenant, elle aime Yann. Ensemble, Béatrice et Yann ont acheté un bar qu’ils vont bientôt inaugurer. En attendant, Béatrice rêve de traverser le Détroit de Gibraltar à la nage. C’est prévu pour l’été suivant. Yann, on ne peut pas dire que ça l’arrange qu’Hiver soit dehors ; il n’a pas l’air comme ça, Yann, mais c’est un vrai bison.

Que sont ces corps inondés par l’enfermement, comment sont- ils marqués par la torture lente de la vie sous permission – de douche, de parloir, de promenade ? De quelle manière la prison infecte-t-elle les organismes, et modifie-t-elle la parole de qui y séjourne ou y a séjourné, à la fois dans sa syntaxe et son lexique ? Au-dehors, comment vit-on avec elle au-dedans ? C’est son fantôme qu’il s’agit d’examiner, en le disséminant dans les personnages et les liens qu’ils entretiennent.

Regarder le libéré face à son ancien surveillant, à distance des coursives et des barreaux, c’est aussi questionner la réintégration de l’ex-détenu dans la société civile. Il faut retrouver une place. On parle de réinsertion sociale et professionnelle. Mais la personne ? La présence humaine ? Mais l’être ? Bafoué, rogné, embourbé dans un non lieu et un non temps. Reprendre sa place dans la société, c’est d’abord travailler, c’est-à-dire souscrire de toutes ses forces à un corps aliéné, corps qu’on assigne une nouvelle fois. La liberté se gagne à la sueur du front, dans une nouvelle mise à l’épreuve du corps et quand on croit gagner le droit de vivre, le fantôme du temps mort des prisons bouge encore.